Mes condoléances à tous les Haïtiens qui ont perdu famille, amis, proches, dans la catastrophe du 12 janvier. Étant moi-même Haïtienne, je suis très touchée par les images que je vois. Je voulais aussi dire que je suis touchée par les efforts et la générosité des Québécois. Merci à vous, et courage à mon peuple haïtien. La reconstruction sera longue et très ardue, espérons qu’elle soit fructueuse et qu’elle apporte du changement.
Cela dit, cette histoire m’a tout de même amenée du côté des cheveux. Comment? Eh bien parce que ma mère n’a pas pu s’empêcher de critiquer la coiffure de la Gouverneure générale Michaelle Jean, alors qu’elle apparaissait, très émue, lors d’un discours de soutien envers le peuple haïtien. Selon ma mère (et plusieurs autres sans doute) ce n’est pas une coiffure de femme importante. Ce texte n’a rien à voir sur mes opinions politiques ou celles de ma mère, mais bien sur les cheveux de Michaelle Jean! Mais pourquoi discuter de choses aussi futiles? Porter les cheveux frisés, relevés, retenus par un bandeau noir de surcroît n’est pas acceptable pour une femme du statut de Michaelle Jean, selon ma maman. Elle n’est sans doute pas la seule à penser ainsi.

La conversation s’est poursuivie lorsqu’elle a changé de poste pour regarder le canal météo. La présentatrice Nadine Alcindor était à l’antenne. Ma mère a alors déclaré que ce sont CE genre de cheveux qui sont à la mode…après avoir spécifié qu’il s’agissait probablement de faux cheveux (perruque ou greffes, extensions, je n’en sais rien, et c’est son avis). Bref, son opinion est très claire: vaut mieux avoir des cheveux qui ne sont pas nôtres, tant qu’ils ont l’air de nous appartenir et qu’ils paraissent bien.
Pour un Québécois ou tout autre Caucasien, cela peut paraitre un peu ridicule de faire un si grande distinction entre deux coupes de cheveux. Mais ces idées ne relèvent pas simplement d’une question de mode ou de goût, comme on peut le dire de la fameuse « coupe Longueuil » ou du « Mohawk ». C’est un jugement que la plupart des femmes de couleur s’imposent et imposent à leur soeurs, c’est la notion, de ce qui les rendra belles ou laides, acceptable ou condamnables, aux yeux de la société et ce, pour des raisons vraiment arriérées et néfastes.

Mais pourquoi?
Un mot résume le problème: le colonialisme. Le colon ridiculisait les traits des esclaves africains. Gros nez, lèvres pulpeuses, gros fessiers pour les femmes, cheveux sauvages…Pour survivre, je crois que les esclaves et leurs descendants ont adopté cette mentalité, celle de ressembler le plus possible aux anciens maîtres. Plus on est pâle, et plus lisse sont les cheveux, plus on a de chances de s’en sortir. Aujourd’hui une large partie de la population afro-américaine trouve beaucoup de facilité à se défriser les cheveux chimiquement, et certaines vont même blanchir leur peau au péril de leur santé. Beaucoup de femmes sont prêtes à accepter des conditions vraiment terrible afin de ressembler de plus en plus à des modèles dont elles ne pourront jamais s’approcher, et ce, parce qu’elles considèrent qu’elles auront une vie meilleure. Vraiment?

Même si le genre de réflexion que fait ma mère peut me choquer, comment la blâmer? Tout comme moi, quand elle était petite, se coiffer était un fardeau. La seule solution qui s’offrait à elle était sans doute le défrisant, si facile. Le manque d’outils et d’éducation sur nos propres cheveux n’ont pas dû aider. Les tresses n’étaient pas bien vues en Haïti. La mentalité des longs cheveux lisses ne date pas d’hier et ne s’arrêtera pas demain… En aucun cas, je ne blâme les femmes d’origine africaine (cela inclut Antillaises, Mulâtres, Métisses, etc) de se défriser les cheveux, de porter des extensions ou des tresses: moi-même je suis passée par là, et je ne prône pas le retour au naturel! Je pose seulement une réflexion sur la société dans laquelle nous vivons, et les raisons pour lesquelles nous avons de la difficulté à accepter nos cheveux tels qu’ils sont.

Je sais que quand ce sera le moment pour moi de passer à une prochaine étape (c-à-d la coupe totale- j’espère avoir le courage!), je n’aurai certainement pas le soutien de ma chère maman! Malgré le fait qu’elle perde peu à peu ses cheveux et qu’ils ne poussent vraiment plus à certains endroits, dû aux années de défrisage et de poses d’extensions capillaires qui étouffent ses propres cheveux…bah elle préférerais sans doute finir le reste de ses jours avec une perruque plutôt qu’avec ses cheveux crépus, sains et naturels. À moins que je la fasse changer d’avis?


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