Il y a quelque temps j’ai viré le Elle Québec de mon présentoir. Au téléphone, quand l’employée m’a appelé pour me demander pourquoi je ne voulais pas me réabonner, j’aurais dû préciser « Parce que pendant les 12 mois où j’ai reçu vos publications, pas une fois je ne me suis sentie représentée dans votre magazine. Je me suis trompée d’abonnement. » Mais j’étais avec du monde, et je voulais pas m’éterniser avec une employée qui n’en avait rien à fiche de toute façon, et après tout, ce n’est pas de sa faute, elle ne l’écrit pas, le magazine. Mais lorsque je me suis abonnée à ce magazine féminin, je l’ai fait en pensant naïvement me cultiver un peu côté populaire, être à l’affut des nouvelles tendances, savoir ce qui est « in ». Et comme je ne voulais pas être trop focusée « ethnique », j’ai oublié les Essence ou Miss Ebene de ce monde. J’y suis allée avec la localité, pour pouvoir mieux saisir les références culturelles, avoir des idées de sortie accessibles, des conseils adaptés et des références mode qui m’interpellent. Mais Nada. Zéro. Niet. Bien sûr les articles étaient très bien écrits, et j’ai eu le sentiment d’accéder à un plus haut niveau intellectuel que si je lisais le Cosmopolitan, mais décidément, il manquait quelque chose pour m’accrocher. Alors j’ai compris que je ne faisais sans doute pas partie de leur public cible. Femme québécoise blanche entre 18 et 40 ans urbaine et branchée. Il me manquait un qualificatif qui changeait tout. Donc, j’ai gentiment décidé de conserver pour moi les 20 et quelques dollars de leur offre exceptionnelle de réabonnement et j’ai promis à l’employée que non, je n’achèterais pas le Elle Québec en kiosque, car, oui je sais, il revient plus cher. 
Puis, avant-hier, à cause du buzz causé par  les 700 et quelques commentaires criant au scandale, j’ai décidé de lire l’article qui cause son lot de remous sur la toile depuis quelques jours: Tendance: black fashion power, par Nathalie Dolivo. Horreur et consternation. Comment est-ce que l’équipe de la rédaction du Elle France a pu laisser passer pareil torchon? Il n’y a personne à l’interne qui a pu sonner une cloche aux oreilles de Mme Dolivo pour lui dire qu’elle venait de pondre un incroyable ramassis de bêtises et d’inepties qui n’allait forcément pas faire sourire les Noir-e-s qui la liraient? Surement se disaient-ils qu’il n’y en aurait pas justement. Lectorat voulant. J’ai mâché ma rage et pesé mes mots avant d’écrire. Parce que je ne doute pas du bien fondé de l’article, je suis sure que cette « journaliste » pensait louanger ce qu’elle appelle cette « black-geoisie » émergente.

Robe au design blanc…with a twist!
Quoi, après tout, c’est vrai que moi, black-geoise de mon état, je n’ai commencé à porter des vêtements chics et stylés qu’à partir de 2008, date magique où M. et Mme Obama sont apparus dans ma vie pour me donner la permission d’évoluer de mon look streetwear et sexy. Oh. C’est vrai. J’oubliais. Je ne me suis jamais habillée de la sorte. Je n’ai jamais eu envie de mettre la moindre guenille qui rappelle ce style. Or, selon la logique de Mme Dolivo, le choix pour les Noirs désormais de s’habiller autrement que dans ce style propulsé par les chanteurs des musiques blacks n’est plausible que selon cette décision qu’ils ont pris d’intégrer des « codes blancs – with a twist » à leur fashion, thanks Barack et ta First Lady. Ben oui, comme si toutes les filles noires s’étaient conformément et uniformément habillées selon les standards de la mode hip hop et bling en attendant un signal de Rihanna ou de la Maison Blanche. Quelle connerie!  Vraiment, je déplore cet article sans profondeur, sans recherche, qu’on a laissé passer au filtre de la haute rédaction en se disant « Bah…personne va remarquer que 1+1 n’égalent pas 3. Après tout, les Noirs ne nous lisent pas. »
Black-geoise, va!
Je hais les stéréotypes et j’ai toujours fait en sorte d’y échapper. Donc, Mme Dolivo, si tu savais pas que tous les Noirs des 5 continents ne portent pas que des jeans baggy, du bling bling et des hoody, si tu savais pas qu’il y a des créateurs de mode d’origine et de descendance africaine influents depuis des décennies, si tu savais pas que Nicki Minaj ne représente absolument pas une égérie de la mode et de la classe pour tous ceux qui partagent avec elle le peu de mélanine qu’il lui reste sur la peau, si tu savais pas que la plupart des Noirs que je connais s’habillent plus chic que la plupart des Blancs que je connais pour aller à des mariages, à l’église ou même à une soirée de remise de diplômes, si tu savais pas qu’y avait un tas de fashionistas noires populaires sur le web pour leur classe et leur bon gout et qu’elles sont même pas américaines et qu’elles s’en foutent de la politique parce qu’après tout la mode et la classe sont une histoire de goût, d’agencement, de classe sociale et de moyens, fallait pas l’écrire ton article de m*.
C’est dit en toute bonne foi…
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La lettre ouverte écrite par Patricia Ahanda du site Afrosomething, bien sentie et pondérée, intelligent quoi!

À propos: Ça, c’est l’article No 1 de ce que j’ai à dire de certains magazines et du lectorat dont je ne fais pas partie.


UPDATE (2013-02): Je me suis réabonnée au magazine Elle, et même abonnée au Châtelaine. Je suis pour les secondes chances. Je suis moins déçue que la première fois, je sens un peu plus  »d’ouverture » de leur part. Je ne fais pas encore partie du lectorat, mais je sens qu’il y a un effort fait en ce sens dernièrement. De plus, ça fait une décoration très chic dans ma salle de bain.
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