Il y a longtemps que je voulais l’écrire, cet article. Oui, porter les cheveux au naturel, parfois, ça me fait douter de beaucoup de choses! Étant une personne qui observe et qui réfléchit énormément, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer, depuis que je documente tout ce qui a rapport aux cheveux crépus dans leur état naturel, tout ce qui cloche avec le mouvement nappy.

Dans les premiers temps, je remarquais les principales différences entre les Afro-américaines et les Européennes d’origine africaine qui laissaient leurs traces sur toutes les sortes de blogs et de forums qui existent sur l’entretien des cheveux crépus et frisés. Les Européennes étaient parfois plus pro-naturel, afrocentristes, et possédaient un espèce de dialecte que je ne comprenais pas toujours. Des tiffs, c’est quoi ça? Pour les Américaines, j’ai remarqué un côté plus commercial pour un marché déjà florissant, et là encore, tout un nouveau vocabulaire à comprendre. Mais je ne peux pas vous dire à quel point apprendre à soigner mes cheveux dans leur état naturel m’a cultivé et éduqué sur les communautés noires de France et des États-Unis, et m’a surtout donné une excellente leçon sur le racisme! Parce qu’honnêtement, on peut lire toutes sortes de laideurs, autant de la part de celles qui ne se défrisent plus que de celles qui ne jurent que par Dark and Lovely. Que voulez-vous, y a des cons et des connes partout sur cette planète! Finalement, quand j’ai fini par « maîtriser » tout ce nouvel univers, je me suis fait à l’idée qu’il y avait pas mal de division dans les communautés de naturalistas.

Tout d’abord, qu’est-ce que ça veut dire être naturelle ou être nappy? J’avais premièrement acheté l’explication franco-française que nappy était une contraction de « natural » et « happy » avant de me faire expliquer que le mot nappy était réellement le terme pour décrire les cheveux crépus en anglais, du moins en slang américain. Ensuite, est venu le moment où j’ai constaté que pour plusieurs, pour avoir le privilège faire partie du mouvement, il fallait être noire, ou « Black » comme on dit en France. Parce que ça ne se peut pas qu’une métisse ou une femme de n’importe quelle origine ayant les cheveux très bouclés ou frisés puisse avoir eu recours au défrisant et décide que c’en était assez pour elle aussi. Ben quoi, elle en a pas besoin elle, elle a pas les cheveux crépus crépus. Après tout, les tableaux et graphiques qui déterminent les types de cheveux placent toujours les cheveux crépus et très frisés en bout de ligne au bas de la liste, un peu comme une façon de séparer le bon grain de l’ivraie. Personnellement, ces classifications ne m’offensent guère. Une fois que t’as déterminé que t’es 4b ou quelque comme ça, bien, dis donc, passe à autre chose.

Avec le boum qu’ont créé des pages comme Beauté Afro (RIP), j’ai pu lire que certaines considéraient le fait d’adhérer à ces pages comme faire partie d’une sorte de secte. Secte parce que bien sûr, il y en a qui font dans l’extrême. Aux States, on les appelle les natural nazies et en France, Maybach Carter a jugé bon de les baptiser nappex (Nappy + Extrêmistes, merci pour l’article hilarant). Celles pour qui couper leurs pointes défrisées égale à effacer complètement les années où elles se sont lissées avec la crème blanche pleine de soude, au point de condamner toutes celles qui se défrisent encore ou qui ont le malheur de mettre le pieds dehors « emperruquées ».  Y en a même pour qui – attention, vous allez rire ou pleurer –  renoncer au défrisant veut dire retrouver ses racines africaines perdues à cause de l’esclavage et de la colonisation, donc s’habiller qu’en mode roots pour revisiter la religion des ancêtres kamites et ne plus trahir sa race en sortant avec les Blancs… Ouais, l’équation va loin.
Évidemment, y a des opposants féroces au mouvement nappy, aux States comme en Europe, et j’ai fini par comprendre pourquoi certaines blogueuses n’osent pas afficher leur visage sur internet de peur d’être confrontées dans la rue. Y en a qui tiennent fort à leur creamy crack et à leur weave de l’année longue! Vous n’avez qu’à visiter Youtube pour voir les discussions, parfois verbalement violentes, dans les commentaires des chaines de pro-nappy ou pro-relaxer. Dernièrement, j’ai même lu la déclaration d’une demoiselle aux cheveux crépus qui donne de très bons conseils sur Youtube, mais qui non, ne se considère pas nappy, probablement parce que maintenant, ce mot fait trop de vagues. Force est de constater que comme tout mouvement, il y a des courants de pensée, des opposants, des sympathisants. RI-DI-CULE. Comment une affaire de cheveux a pu en arriver là?

Puisque j’ai un peu plus de recul aujourd’hui que le jour où j’ai posé les yeux sur les magnifiques touffes nuageuses et inspirantes qui pullulent désormais sur internet, j’ose enfin l’écrire, ce fameux billet, et pour ajouter au chaos, je vous étale ici ma propre philosophie sur la chose.

Je blogue entre autres sur la façon dont j’entretiens mes cheveux dans leur état naturel. Je ne me considère pas appartenir à un mouvement quelconque, même lorsque nous faisons des rassemblements nappy à Montréal. Je suis juste une fille qui a décidé d’arrêter le traitement chimique récurrent sur ses cheveux pour que leur santé soit meilleure, et je fais de mon mieux pour encourager d’autres qui pensent à la même chose, et qui veulent bien de mes conseils sur comment entretenir leurs cheveux. Oui, je suis « naturelle », kinky, afro, crépue et même nappy. Ça veut juste dire avoir des cheveux crépus dans une autre langue que je parle aussi. Non, je suis pas nappex. Hé, j’ai mis du défrisant pendant huit ans. Huit ans que je regrette un peu, mais que je n’efface pas d’un coup de peigne afro. Le jour où j’ai fait mon big chop, je n’ai pas eu une rédemption quelconque et je n’ai signé nulle part un contrat qui m’interdit de me redéfriser les cheveux à chaud ou à froid, ou de mettre des faux cheveux. J’ai juste arrêté une façon exclusive et malsaine de les traiter pour ne pas me retrouver avec un trou sur la tête à quarante ans. Est-ce que je considère que le meilleur choix, c’est d’avoir ses cheveux au naturel? Oui! Évidemment que je suis plus « pro cheveux naturels » et que je vais un peu plus loin que la question de l’esthétique parce qu’avouons le, c’est un sujet sensible. Mais encore là c’est un choix personnel, on peut y adhérer ou pas. Et ce n’est certainement pas moi qui vais dicter leur comportement aux gens ou les juger d’après ce qu’ils choisissent. Le contraire est aussi vrai! Quand à faire des rassemblements ou des événements autour du thème je porte mes cheveux crépus au naturel et je les aime ainsi, pour moi, ils sont de l’ordre du communautaire, de l’entraide et même du divertissement, non d’un mouvement politisé. 

Que chacun et chacune aie sa définition ou sa conception ne me dérange pas, souvent, c’est du pareil au même, et je ne m’inquiète pas, le WWW est assez grand pour satisfaire tous les goûts et les sortes de fétichismes. Ce qui m’embête, ce sont les « extrémistes » qui voient dans ce sujet un moyen d’exposer et de faire passer leur racisme latent ou d’imposer leurs idées arrêtées de façon péremptoire. Déjà que c’était dur de faire accepter les cheveux crépus à la société, aux parents, aux amis… s’il faut en plus qu’on se batte entre nous, ça n’avance franchement rien!

Pour finir, je vous laisse avec les vidéos de PhillyDiva19154 et BeautifulBrownBabyDoll, qui elles aussi sont vraiment exaspérées de toute la stupidité que peut atteindre le sujet des cheveux naturels parfois. Je vous l’ai dit, Youtube, c’est violent. 

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